Rencontre au Monastère des Grottes de Kiev

 


Rencontre
au Monastère des Grottes de Kiev
 (1)

Je dirai encore une chose digne d'étonnement. Un jour, je décidai d'aller dans les Grottes. Mon ami le père Jean s'était rendu à la Liturgie tôt le matin, quant à moi, j'allai à l'Eglise qui conduit aux “Grottes Proches” (2). Beaucoup de pélerins attendaient là, qui avaient l'intention de visiter les Grottes. Je vis deux femmes, qui se tenaient en dehors, et priaient Dieu assidûment, avec des larmes. Les ayant longuement regardées, je m'approchai d'elles et leur demandai: « De quelle province êtes-vous ? » Elles répondirent : « de Nijni-Novgorod, du village Pavlova.» Je leur demandai encore si elles savaient lire. Elles répondirent que non. Je leur dis : « Si cela vous convient, suivez-moi et je vous expliquerai.» Elles en furent très heureuses, car il n'est pas du tout commode d'aller par les Grottes à celui qui est illettré. Il vénérera, sans savoir qui, parce que personne ne se tient auprès des reliques. Il y a seulement un moine qui conduit, devant, et les autres vont seuls. Bientôt, tous les fidèles allu-mèrent leurs bougies, les portes de la grotte s'ouvrirent, tous entrèrent, et moi-même, avec les femmes nommées ci-dessus. Durant le trajet au long des Grottes, elles embrassaient et mouillaient de leurs larmes non seulement les reliques des saints agréables à Dieu, mais les murs eux-mêmes. De ma vie je n'avais eu l'occasion de voir des personnes si zélées et brûlant d'un tel amour pour le Seigneur Dieu. Puis, je les conduisis aux “Grottes Lointaines”.
Et je leur demandai : « Etes-vous mariées, ou bien veuves ?» La plus jeune dit qu'elle était femme de soldat. Et la plus âgée m'apprit ce qui suit : « Je suis devenue veuve dès ma jeunesse, il y a plus de trente ans; j'ai vécu peu de temps avec mon mari, et à sa mort, je me suis vouée au service du Seigneur Dieu : parce que j'ai vu la vanité et l'instabilité de ce monde, la courte durée de notre vie. J'ai vu que nous, les mortels, sommes envoyés dans cette vie pour peu de temps, comme si nous y étions des invités. Mais même chez des hôtes, l'homme mesure le temps qu'il y restera, et le moment du retour chez lui; mais nous, dans cette vie, nous ne le savons pas, et la mort nous enlève soudainement, alors que nous ne nous y attendions pas, elle nous moissonne comme blé vert, avant sa maturité, ce que j'ai expérimenté sur moi-même, car elle m'a volé mon époux bien-aimé en pleine fleur de l'âge, et jeune je suis devenue veuve. J'ai vu et pris très à cœur le fait que nous sommes dans ce monde des voyageurs et des passants, et que nous avons une patrie céleste, éternelle, vers laquelle chacun ira infailliblement, pour se présenter au Juge juste et impartial, pour Lui rendre compte et répondre de ses actes. C'est pourquoi je n'ai désiré avoir en ce monde ni ville, ni cellule, ni aucun port, mais, avec la bénédiction de mes pères spirituels, je parcours la Russie, comme pécheresse et indigne, allant dans les monastères, vers les saintes reliques des hommes de Dieu et les Icônes miracu-leuses. Et je demande au Seigneur Dieu que dans Sa miséricorde Il pardonne à la grande pécheresse que je suis. Je demande aussi cela à notre Souveraine et Mère de Dieu, la Vierge Marie qui, avec hardiesse auprès de Son Fils et Dieu, intercède pour nous, pécheurs. De même, je demande aide et protection aux saints hommes agréables à Dieu, ces intercesseurs, qui prient le Seigneur Dieu et Roi du Ciel pour nos âmes, et j'attends ce moment tant souhaité et heureux où le Seigneur m'appellera dans la patrie céleste».
Ensuite, m'ayant pris à part, elle me dit avec des larmes, ce qui suit : « Père vénérable, je vois que tu es étranger, je te rencontre pour la premier fois, et peut-être ne te reverrai-je plus. Mais, parce que tu nous a montré une telle charité et un tel bienfait, je vais te dire un secret que je n'ai découvert à personne, et je ne l'aurais même pas fait pour toi; mais le Seigneur Dieu le veut ainsi et m'y oblige, je vais te le dire pour le bien de ton âme, et toi, écoute : cette année 1837, j'ai passé la Semaine de la Passion et celle de la Sainte Pâque dans la Solitude de Sarov, qui est dans la province de Tambov. Le premier jour de Pâque, au moment de la Liturgie, j'eus, pécheresse et indigne, une vision. Je vis le haut de l'Eglise comme ouvert, et du ciel descendait le Seigneur Jésus Christ Lui-même, avec une multitude d'Anges. Etant descendu directement dans l'Autel, le Seigneur Jésus Christ assista à la Liturgie, et les Anges servaient avec les prêtres. Tout l'Autel fut empli de la gloire du Seigneur, et moi, misérable, ayant vu mon Seigneur Jésus Christ, je ne pus supporter Sa Gloire, et mon cœur fondit comme cire, je fus complètement transformée, et tombai à terre, comme morte, et ne sais comme j'étais - dans mon corps, ou hors de mon corps - Dieu le sait. Mais bien qu'étant allongée, je voyais tout, jusqu'à la fin de la Liturgie. Ensuite, le Seigneur Jésus Christ S'éleva en gloire et avec les Anges dans les cieux, et je revins à moi et me remis sur pied. Depuis ce temps et jusqu'à maintenant, mon cœur est empli d'une joie indicible; et de joie je pleurerais, si cela était possible, jour et nuit. Parfois, je pleure des jours entiers de ne pouvoir aimer mon Seigneur Jésus Christ comme je le devrais, pour tout ce que Lui, le Sauveur, a souffert pour nous, et pour Sa grande miséricorde envers nous. Et parfois, je pleure sur le monde entier, et surtout sur les pécheurs, sur l'amère situation qui les attend. J'ai grand'pitié d'eux, et je demande au Seigneur Dieu Sa miséricorde pour eux. Et c'est ainsi que je passe ma vie. Et je t'ai dit cela à toi pour que tu n'aies aucun doute sur l'Eglise du Christ. Car le Seigneur Jésus Christ S'y tient Lui-même toujours, invisible-ment. Et maintenant pardonne moi, qui ai tant parlé, et prie pour moi, indigne, le Seigneur Dieu.»
Puis elle s'éloigna. Je l'écoutai avec grande attention et, la regardant, effrayé, je me disais en moi-même : « Ô Seigneur et Maître et Ami de l'homme ! Tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents de ce siècle, et Tu découvres Tes Mystères indicibles aux petits enfants qui T'aiment, Toi leur Seigneur, de tout leur cœur et de toute leur âme, et de toute leur pensée, et Tu mets en dépôt Ta Grâce dans des vases pauvres !» Et je remerciai beaucoup mon Seigneur Dieu de m'avoir montré, à moi indigne, le vase qu'Il avait choisi, et d'avoir été jugé digne de voir, pour la première fois de ma vie, car dans le raskol (3), non seulement je ne pouvais rencontrer de telles personnes, mais même pas en entendre parler.

Traduit du russe par N.M.Tikhomirova.


Notes:
1) Moine Parféni, Skazanie o stranstvii i poutechestvii po Rossii Moldavii i Tourtcii Sviatoi zemle postrijnika Sviatya gory Afonskia inoka Parfenia-
Seconde édition de 1856, Première partie , section 99, pages p.184 sq .
2) Autour de 1028 , Saint Antoine, puis St Théodose, s'établirent dans une première grotte à Kiev, puis, quand la communauté s'éleva à une quinzaine de moines, St. Antoine retrouva la solitude dans une autre grotte, appelée “Grottes proches”, tandis que le lieu où St. Théodose aimait se retirer est nommée “Grottes lointaines”. Dans ces grottes sont vénérés les corps incorrompus des nombreux saints ascètes qui s''y sont succédés.
3) Né en 1807 à Jassy, en Moldavie, dans une famille de vieux croyants, de "raskolniki" (schismatiques), le moine (puis archimandrite) Parfeni prit conscience que les vieux-croyants ne pouvaient répondre à son exigence de direction spirituelle en raison même de leur schisme et il fut pleinement reçu dans l'Eglise Orthodoxe au monastère roumain de Vorona, à l'age de trente ans. C'est pourquoi il fait allusion ici au "raskol" (voir la biographie de P. Parféni dans La Voie Orthodoxe n°2 p.19.)

 


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